Décryptage : comment pallier à la baisse des dons en France ?

Décryptage : comment pallier à la baisse des dons en France ?

Décryptage : comment pallier à la baisse des dons en France ?

 

Le mois de décembre représente une période charnière pour les associations. 30 à 50% des dons sont récoltés à cette période de l’année. Pourtant, en ce temps de collecte annuelle, le nombre de dons reçus est en chute libre. Fin de l’ISF, baisse de la CSG et prélèvement à la source sont autant de changements qui bousculent les habitudes des donateurs.

Un contexte peu propice aux dons

Le 8 décembre dernier, le Téléthon enregistre une baisse de 10% des promesses de dons par rapport à 2017. Ce manque à gagner de près de 10 millions d’euros s’explique notamment par un contexte national tendu. L’AFM (Association Française contre les Myopathies) n’est pas la seule à accuser le coup en cette fin d’année. Fin novembre, La Fondation Abbé Pierre, Les Restos du coeur, Les Petits Frères des pauvres, ATD Quart-Monde ou encore la Fondation de France ont enregistrés une baisse de dons de 3 à 28% par rapport à la même période en 2017. Ces associations pointent toutes du doigt la suppression de l’ISF (Impôt de solidarité sur la fortune). Bien que remplacé par l’IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière), où la déduction fiscale des dons à des fondations est toujours possible, deux fois moins de personnes sont touchées. Conséquence : les « dons ISF » ont chuté de 50%.

La réforme du prélèvement à la source impacte elle aussi les dons. « Même si la réforme ne change rien pour les dons, elle a créé de la confusion. Comme ils ont du mal à comprendre ce qui va vraiment se passer, certains donateurs se disent qu’il est plus prudent d’attendre pour voir et repoussent leur don » s’inquiète Pierre Siquier, président de France Générosité.

Dans ce paysage fiscal brouillé par plusieurs changements, les gros donateurs au même titre que les plus petits sont touchés. « Nous avons un système fiscal très favorable au don. Mais le revers de cet avantage, c’est que cela nous rend très sensible à toute évolution de la fiscalité. Un petit changement peut engendrer d’énormes conséquences » remarque Marie-Charlotte Brun, directrice du développement des ressources à la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM).

Le climat social est lui aussi peu propice aux dons en cette fin d’année 2018. Le mouvement des gilets jaunes, les craintes liées au pouvoir d’achat et les tensions entre partis politiques sont massivement relayés dans les médias. Ainsi, les associations, habituées à bénéficier de plus de visibilité médiatique en cette période de fin d’année, ont plus de difficultés à toucher leurs potentiels donateurs.

2018, une année noire pour le milieu associatif français

« On s’attendait à ce que 2018 soit difficile pour les dons. En réalité, c’est pire que ce que nous pensions. Il reste un peu de temps pour changer les choses, mais l’année s’annonce compliquée, très compliquée… », déclare Marie-Carmen Carles, directrice générosité au Secours catholique, pour le journal La Croix. Même constat pour Pierre Siquier, président de France générosité : « Il y a moins de gens qui le payent et pour des montants moindres. Mécaniquement, cela a conduit à une baisse des dons. Globalement, c’est une perte de 150 millions d’euros« .

Les conséquences sont directes. Pour Action contre la Faim, une perte d’un million d’euros représente 200 000 enfants en moins qui pourront être sauvés grâce à leur programme de nutrition au Yémen.

Des solutions nouvelles mises en place

Pourtant, les alternatives aux « dons classiques » se multiplient. En 2017, ce sont plus de 5 000 entreprises porteuses de l’économie sociale et solidaire qui ont été créés. Ces entreprises, au-delà du soutien apporté à des causes d’intérêt public, participent à l’attractivité et au dynamisme des territoires où elles sont implantées.

L’ESS (Economie Sociale et Solidaire), reconnue par la loi du 31 juillet 2014, regroupe l’ensemble des structures alliant utilité sociale, solidarité, performance économique et gouvernance démocratique et représente à ce jour près de 10% de l’emploi privé en France. Plus que la création d’emplois, ces entreprises cherchent à développer une plus grande cohésion sociale et à répondre à des besoins d’intérêt général. Leur fonctionnement interne et leurs activités sont ainsi basés sur la solidarité et l’utilité sociale. L’utilisation des bénéfices engrangés est elle aussi bien encadrée ; le profit individuel laissant ainsi place à des réinvestissements.

Le commerce solidaire se démocratise lui aussi. Le comportement des donateurs évolue. De plus en plus d’enseignes proposent des solutions de micro-dons à leurs clients. Des solutions comme L’Arrondi permettent de replacer le don au coeur du quotidien des consommateurs grâce à des micro-dons « indolores » ; lors du passage en caisse l’acheteur peut arrondir la somme demandée à l’euro supérieur et de reverser la différence à des associations.

Sur le même principe de transformer le don en un réflexe quotidien peu impactant pour les consommateurs, le « café suspendu » et le « pain en attente » se démocratisent un peu partout en France. Les clients qui en ont les moyens achètent deux pains ou deux cafés, l’un qu’ils ramènent chez eux et l’autre qui est mis « en attente » pour une personne dans le besoin. Originaire de Naples, cette habitude a rapidement été adoptée dans plusieurs villes françaises. À Bordeaux, plusieurs cafés et restaurants proposent cet acte de solidarité à leur clientèle, à l’image de Coffee & Bicyclette cours Victor Hugo qui a adopté ce système peu de temps après son ouverture.

Autre solution proposée aux Bordelais : le paiement solidaire. Depuis septembre, PIM propose à ses utilisateurs de soutenir les associations de leur choix sans débourser un centime de plus pour leurs achats. Le principe est simple : lors d’un paiement par carte bleue chez un commerçant, ce dernier verse des frais de transaction à sa banque, en payant avec PIM, ces mêmes frais de transaction sont directement reversés à des associations d’utilité publique choisies par les utilisateurs. Ce système permet d’ores et déjà de soutenir gratuitement le Fondation pour la Nature et l’Homme, Vaincre la Mucoviscidose et les Jardins de Cocagne. Une solution innovante pour que chacun puisse soutenir des causes qui lui tiennent à coeur chaque jour, sans impacter son budget.

Ce nouveau mouvement économique et solidaire pourrait donc apporter une bouffée d’oxygène aux associations et aux causes française.

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